Après un diplôme d’architecte dirigé par Paul Virilio , Eric Vernhes travaille en production cinématographique aux côtés d’Anatole Dauman (Argos films). Celui-ci lui offre la possibilité d’écrire ses premiers projets de fiction et de documentaire (Notamment «Le théâtre amateur», sélectionné dans le cycle « Cent ans de court-métrage » de la cinémathèque française, ainsi que le scénario de long-métrage “le grand projet”,lauréat du prix Michel d’Ornano du festival de Deauville 1996).
Prenant le parti d’un cinéma comme médium global, il pratique l’écriture, le montage, la réalisation et la création sonore au sein de sa société de production, “les productions polaires”.
Cherchant des modes d’expressions plus intuitifs que dans l’audiovisuel conventionnel, il pratique la vidéo expérimentale, puis met en oeuvre des outils informatiques permettant de condenser les phases de montage, traitements image/son et diffusion en un seul temps. En s’entourant de musiciens improvisateurs (Serge Adam, Benoit Delbecq, Marc Chalosse, Yves Dormoy, Gilles Coronado…), il crée des performances scéniques où la création des images numériques et de la musique procède du même instant et du même geste, soit dans des modalités d’interaction, soit grâce à la maîtrise de l’improvisation en image, rendue possible par le développement d’interfaces spécifiques. L’enjeu est d’approcher une autre qualité d’écriture cinématographique élaborée sous la dictature de l’instant et de l’intuition. Il travaille également sur des projets théâtraux dans lesquels l’image est intégrée dès l’écriture (avec Irène Jacob, Jean-Michel Ribes…), ainsi que pour la scène rock (Rodolphe Burger, Alain Bashung…).
À partir de 2008, il se tourne vers la création de dispositifs et d’installations cinétiques, visuelles ou sonores dont il programme les comportements en fonction de logiques auto-génératives, interactives ou hybrides. Il développe ainsi un parcours d’artiste multidisciplinaire tendu vers un propos résolument humaniste. Les procédés numériques qu’il utilise sont extraits de leur contexte technique pour être mis au service d’un discours intemporel inspiré de la littérature et de la philosophie. L’esthétique exigeante, ainsi que l’utilisation de matériaux nobles, nous éloigne des processus de fabrication de l’ingénierie pour nous rapprocher de l’humanité du geste. Eric Vernhes fait ainsi exister des créations anthropoïdes: le mouvement propre des oeuvres, en épousant celui de notre conscience, semble épouser aussi notre propre humanité et nous en donne le spectacle.
Représenté à Paris par la Galerie Charlot, son travail est montré dans les salons internationaux, centres d’arts et fondations. Il enseigne également les arts technologiques.

Texte du livret de l’exposition « De notre nature »:

« Walter Benjamin parlait de la relation entre une oeuvre d’art et un spectateur comme un lien intime et singulier, comme il s’en crée entre deux personnes. Ce que je veux faire naître et cultiver c’est ce lien. Vous verrez des machines, des dispositifs, des installations. Vous les apercevrez d’abord de loin comme des balises ou des repères qui vous font signe, passivement. Vous vous approcherez et en faisant cela une histoire commencera à se dérouler. Vous vous approcherez encore, vous rentrerez dans le détail, et cette histoire deviendra peu à peu un dialogue entre vous et cet objet. Peut-être réagira-t-il à votre présence, ou alors il vous parlera de votre propre vie. Il deviendra votre chose car la relation de sympathie que vous nouerez avec lui sera exclusive. Surtout ne cherchez pas un message de ma part. Je n’ai plus rien à voir dans cela. L’objet étant finit, mon travail étant terminé, La relation que j’entretiens avec lui n’est dorénavant pas plus importante que la votre.

Le fait que je fasse intervenir, dans la genèse du dispositif, des techniques, pratiques et matériaux très différents est juste le résultat d’une accumulation de tâtonnements entrepris depuis mon enfance pour apprivoiser des matières, physiques et intellectuelles, différentes. Passer du travail du bois, de l’acier, à la programmation informatique, la musique, l’électronique analogique ou l’écriture me fait changer de point de vue, étudier et découvrir. Comme dit Zénon dans « l’oeuvre au noir » de Yourcenar : « Il ne faudrait pas mourir sans avoir fait au moins une fois le tour de sa prison ».

Je ne prétends pas à la technicité. Elle ne me fascine pas et je ne veux pas en faire étalage. S’il y a de la technique, c’est surtout parce qu’elle permet de faire bouger, d’animer les choses. Et lorsque les choses s’animent, elles créent du temps, parce que le mouvement crée du temps et que la perception de ce temps est plastique en fonction du mouvement. J’ai eu cette intuition très tôt, vers 10-11 ans, et cela m’a très fortement impressionné. On avait un projecteur 8 mm ainsi que quelques bobines. Notamment un court-métrage de Charlie Chaplin, « The rink », où il fait du patin à roulette. Sur ce projecteur, on pouvait changer la vitesse de 18 images/secondes à 2 images secondes. J’ai actionné le levier et soudainement, Charlie Chaplin n’était plus le même homme : à vitesse normale, il était un clown qui faisait des grimaces en gesticulant. A vitesse réduite, son expression changeait et il devenait un homme très concentré en train de réaliser très sérieusement un numéro périlleux. J’avais l’impression d’être entré à l’intérieur de lui, de son ressenti intime, de ce qu’il était « vraiment », de ce qu’il était pour lui même. Lorsque j’ai actionné ce levier, ça a donc été une révélation, comme si je venais de découvrir une cinquième dimension, comme si je venais de découvrir le secret de la télé-transportation ou ce genre de chose… Le cinéma me fascinait déjà, car il permettait de faire apparaître des fantômes grâce à la mécanique, à la chimie et à la lumière. Mais je découvrais par cette expèrience qu’intervenir sur le mouvement me permettait aussi d’accéder à différents niveaux de conscience du sujet filmé.

Je pense que l’on peut bâtir une vie sur un émerveillement ou une intuition que l’on a eu enfant. C’est même le meilleur moyen de ne pas se perdre. J’en veux pour exemple, parmi d’autres, celui de mon professeur d’architecture, Paul Virilio, qui a construit toute une pensée philosophique autour de la vitesse, sur la base d’une image marquante de son enfance: celle de l’horizon et des attaques maritimes et aériennes au large de Nantes pendant la seconde guerre mondiale. Paul est un de ceux qui m’ont convaincu qu’il fallait « creuser » sans arrêt ces souvenirs là. Les décliner, en définir de nouveaux contours puis recommencer, car il y a au cœur de ces fascinations d’enfant des intuitions sur une réalité qui nous dépasse. Notre rôle, pour la vie entière, devient alors de donner forme à ces intuitions pour révéler, à soi même et aux autres, cette réalité, cette vérité cachée.

Partant de cette fascination pour l’image, j’ai donc fait du cinéma, après un passage par l’architecture. J’écrivais, produisais, réalisais, montait, composait les musiques, etc… Mais je fut lassé par la segmentation du processus de production entre différents médias (écriture, financement, repérage…), ainsi que par l’aspect extrêmement long et couteux de l’expérience cinématographique. Je me suis finalement rendu à l’évidence que ce qui m’avait intéressé dans mon expérience d’enfant n’était pas le cinéma en tant que médium, mais quelque chose à l’intérieur du procédé. Deux outils m’ont permis d’avancer et de préciser l’objet de cette fascination: un outil technologique et un outil conceptuel. L’outil technologique fut l’ordinateur. Dans les années 2000 on a commencé à pouvoir traiter les images en temps réels. Je me suis emparé de cette technique afin de réaliser des programmes qui me permettaient de faire avec l’image ce que l’on fait avec le son et les instruments de musique: créer en temps réel et interpréter. Il s’agissait de choisir des images, les traiter, les diffuser, tout ceci dans le même instant et le même geste. Avec des amis musiciens improvisateurs nous avons travaillé à la création d’un langage commun: sur scène, s’inspirant des images, ils créaient les sons ; m’inspirant des sons, je créais les images en temps réel.
L’ordinateur était l’outil technique, l’outil conceptuel était la notion d’ « objet temporel ». C’est ainsi qu’Husserl qualifie les objets dotés d’un mouvement intrinsèque dont le déroulement épouse celui de la conscience du spectateur. A ce titre, différents objets créés par l’homme souscrivent à cette définition: Musique, littérature, plus généralement narration sous toutes ses formes. Assez tard dans sa carrière de critique, Serge Daney en arrive ainsi à la conclusion que le cinéma est l’invention du temps. Il s’agit moins d’image, de son, de littérature ou de dramaturgie que de créer du temps.
Lorsque l’on va au cinéma, on confie notre temps à quelqu’un, le cinéaste, pour qu’il le déroule à notre place. Ainsi, c’est lui qui organise nos attentes et nos impatiences, qui les satisfait ou non, qui fait se ramasser notre temps sur lui même ou le dilate. Ainsi ce qui est court pourra paraître long et inversement.
L’idée d' »objet temporel » me permet de revendiquer le temps comme matériaux premier. Il ne s’agit plus de faire des images, ou du son, ou de se vouer à un médium narratif particulier. Il s’agit de fabriquer du temps avant toute chose, avec ce que l’on a sous la main, avec ce que l’on peut, avec ce que l’on veut. Les classifications habituelles (artiste sonore, visuel, performer, etc…) ne me satisfont pas. Le temps étant le médium, le mouvement devient le moyen de passer d’un état perceptif à un autre grâce a des stimulis sensoriels de toutes sortes.
C’est avec ce concept d »objet temporel » que je qualifie mon travail et c’est également autour de ce concept que je fédère mes étudiants en art.

Alors j’en reviens à votre sympathie pour ces objets. Le fait qu’ils aient un mouvement intrinsèque ne peut que créer une familiarité puisque nous sommes aussi des objets temporels. Notre plus grand drame est de savoir qu’en plus, nous sommes temporaire. Il y a une fin à notre mouvement interne et nous en sommes conscient. Tout ce que je fais parle du déroulement de ce mouvement, de sa fin et de notre temps a passer seul ou ensemble. Ce qui serait parfait c’est que le mouvement propre des oeuvres, en épousant celui de votre conscience, semble épouser aussi celui de votre humanité et vous en donner le spectacle. Artiste multidisciplinaire, Eric Vernhes crée des dispositifs et des installations cinétiques, visuelles ou sonores dont il programme les comportements en fonction de logiques auto-génératives, interactives ou hybrides. Architecte issu de l’atelier de Paul Virilio, puis scénariste, cinéaste et musicien, Eric Vernhes a développé un parcours d’artiste complet, tendu vers un propos résolument humaniste. Les procédés numériques qu’il utilise sont extraits de leur contexte technique pour être mis au service d’un discours intemporel inspiré de la littérature et de la philosophie. L’esthétique exigeante, ainsi que l’utilisation de matériaux nobles, nous éloigne des processus de fabrication de l’ingénierie pour nous rapprocher de l’humanité du geste. Eric Vernhes fait ainsi exister des créations anthropoïdes: le mouvement propre des oeuvres, en épousant celui de notre conscience, semble épouser aussi notre propre humanité et nous en donne le spectacle. « 

 Expositions récentes:

« Intèrieur » – Galerie Charlot, Paris – Novembre/decembre 2016 – Exposition solo.
Festival Phtophore – Tremblay en France – Septembre 2016 – Exposition collective
« De notre Nature » Commanderie des Templiers – Saint Quentin en Yvelines – Mai/juin 2016 – Exposition solo.
« J’y étais, alors je m’en souviens » – Maison de la Catalanité, Perpignan – Mai/juin 2016 – Exposition collective.
Slick Paris – 24/27 octobre 2015 – Exposition collective.
Art Paris Art Fair 2015, Mars 2015.
« Light Moments », Baselworld , Basel, Mars 2015. Commande de la société Hèrmes.
Galerie Hubert Winter, octobre-novembre 2014, Vienne – Exposition collective.
Fondation Artphilein, Decembre 2014, Locarno – Exposition collective. Scope Basel – Octobre 2014 .
Abbaye de Saint Riquier – Juin-Septembre 2014 – Exposition collective.
Galerie CHARLOT, Septembre-octobre 2013, Paris – Exposition personnelle.
Slick Paris – 24/27 octobre 2013 – Exposition collective.
Show Off Paris -The media Art Fair, 21/23 octobre 2013 – Exposition collective.
Creative store, Gaieté Lyrique. Octobre 2011 « De l’art contemporain au design numérique » 104, Paris. Juin 2011

Sélection de créations visuelles et scénographiques pour la scène:

Tout va bien en amèrique – Théâtre / Vidéo /musique – Création Théâtre des Bouffes du Nord – Avril 2013. Avec David Lescot, Benoit Delbeck, Irène Jacob
UP to 70 miles – Performance image numérique / musique – Création: scène national d’Evry, 2010. Avec Serge Adam, musique.
Around Robert Wyatt – Performance image numérique / musique – Avec l’Orchestre National de Jazz – 2009
UW – Performance image numérique / danse – Création: scène national d’Evry, 2008. Avec Nacera Belazza, chorégraphie.
Artaud Remix – Image numérique / musique – Festival Access, Pau, 2007. Avec Marc Chalosse, musique.
Big Blue Eyes – Création théâtrale Scène National de Clermont-Ferrand 2007. Sur un texte de Dorothée Zumstein, avec Julie Binot et Marc Chalosse.
Blitz Party – Dispositif scénique interactif image / son. Création: Espace Gerard Philippe, Fontenay ss bois 2006. Planètarium – image numérique / musique – Création Exposition Universelle Aïchi, Japon, 2005, avec Yves Dormoy, musique.
Around Three Gardens – Performance image numérique / Musique électroacoustique – avec Serge Adam, benoit Delbecq, gilles Coronado, Django Hartlap, Marc chalosse.
Light Reels – Performance image numérique / Musique électroacoustique – Création: Festival Festijazz de La Paz, Bolivie 2005.
Patient Motion – performance mage numérique / musique électroacoustique – Création: Les Voûtes, Paris 2005.
“Musée Haut, Musée bas”– Création d’image numérique pour la pièce de Jean-Michel Ribes. Théatre du Rond- Point 2005.
Ogre – Performance théâtrale image/son numérique – Création: Festival e.magicien, Valenciennes, 2005.
“Je sais qu’il existe aussi des amours réciproque” Théâtre / vidéo / musique, avec Irène Jacob et Benoit Delbecq, Création scène national de Brest 2004.